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Ethique, Morale & Politique - 13 Janvier 2009

En conclusion, MAM rappela que « la politique ne peut se limiter à des réponses immédiates et ponctuelles […], elle a besoin d’une mise en perspective, d’une hiérarchisation des valeurs. », la première de ces valeurs étant bien évidemment l’Homme.

 

Après avoir ainsi reprécisé l’opportunité d’un débat sur l’éthique, celui-ci s’ouvrit autour de deux tables rondes, la première ayant pour thème « Ethique, morale et politique appliquées au domaine de l’économie », la seconde « Ethique, morale et politique dans le domaine des relations internationales ».

Table ronde n°1 :

Ethique, morale et politique appliquées au domaine de l’économie

Intervenants, par ordre de prise de parole :

Claude Guéant, Secrétaire Général de la Présidence de la République

Patrick Ollier, Député des Hauts-de-Seine, membre de la Commission des Affaires économiques et sociales de l’Assemblée Nationale

Guillaume Pepy, Président de la SNCF

Laurence Parisot, Présidente du MEDEF

Colette Neuville, Présidente de l’ADAM

Isabelle Debré, Sénatrice des Hauts-de-Seine et membre de la Commission des Affaires sociales du Sénat

Serge Grouard, Député-maire d’Orléans

Jean-Louis Borloo, Ministre d’Etat, ministre de l’écologie, de l’environnement, du développement durable et de l’aménagement du territoire


Claude Guéant, Xavier Bertrand, Jean-Louis Borloo, François de Carbonnel, Nicolas DhuicqEn ouverture de la première table ronde, Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, a aussi dénoncé "la recherche de la rentabilité forcenée et à court terme", qu'il considère comme l'un des facteurs déterminants de la crise. "Il y avait une impression, celle que l'Etat et la puissance publique n'avaient plus leur place, que tout cela était ringard, que seuls les marchés pouvaient produire des décisions justes. Chacun sait que ce n'est pas le cas".

La crise s’avère être l’occasion d’une remise en cause, « c’est une révolution qui est en train de s’opérer »a-t-il ajouté, « il nous faut choisir un système de valeurs, ce qui signifie une morale, une éthique, qui définisse la place et le rôle de la politique dans la vie sociale ».

Cette crise a pour origine la glorification du profit à court terme avec pour corollaire la généralisation d’escroqueries à grande échelle comme le scandale Maddoff, ainsi que la mise en circulation de produits financiers trop sophistiqués et pas assez contrôlés.

Elle a eu pour première victime le secteur de l’immobilier, directement lié aux secteurs financier et bancaire. Sa chute, puisqu’il touche à l’un des besoins premiers de l’Homme, provoqua la panique qui s’est emparée des peuples. Mail il tint à souligner qu’il ne faut pas dénoncer le crédit, seulement les abus de crédit et la disparition du crédit que ces abus ont entrainée.

Une des autres causes de la crise, selon lui, réside dans le caractère « pousse-au-crime » des systèmes de rémunération des grands dirigeants comme les « golden parachutes » dont il remet en cause leClaude Guéant, secrétaire général de la Présidence de la République bien fondé.

Enfin, autre facteur de la crise, les normes comptables qui poussent à la spéculation parce qu’elles évaluent les entreprises en fonction des cours boursiers au détriment de la valeur réelle de ces dernières. L’échelle des valeurs étant alors faussée.

Il en appelle à un retour au bon sens, à la régulation, en insistant sur le fait que « dans une société, il faut que tout le monde se sente faire partie de l’effort national, se montre intéressé aux fruits de la croissance ».

Or, l’absence totale de régulation règne car les instruments de régulation existants sont inadaptés et n’ont pas suivi l’évolution financière.

Au niveau européen, il faut donc fortifier les outils à disposition et réorienter des logiques souvent abstraites, technocratiques et théoriques, par conséquent économiquement mortifères comme l’avait révélé l’affaire Alsthom : si l’Etat français n’était pas intervenu, une entreprise stratégique et performante disparaissait.

En somme, la crise financière révèle qu’il faut sans cesse batailler contre les autorités européennes de la concurrence, et ce au sein de tous les pays européens, de tous les gouvernements européens.

Quant aux règles de gouvernance mondiale, elles sont aussi selon lui totalement inadaptées au nouveau contexte international : Le FMI n’a en rien changé depuis sa création en 1946, le G8 est une structure dépassée qui ne tient pas compte des pays émergents et des nouvelles puissances. Le phénomène de mondialisation n’est pas pris en compte

Finalement cette crise du capitalisme actuel ou se déroulent des « choses économiquement anormales et socialement inacceptables » devient une source d’enseignements et montre le besoin d’un changement des mentalités.

Elle doit nous amener selon lui à suivre 4 objectifs.

1er objectif : Il ne faut pas remettre en cause ce qui a fait la prospérité du monde et le progrès social, à savoir le capitalisme qui s’avère être un inépuisable créateur de richesse ainsi que le libéralisme, « le plus mauvais des systèmes à l’exclusion des autres pour paraphraser Churchill » s’amuse t-il.

2ème objectif : la nécessaire instauration d’un nouvel ordre mondial avec de nouvelles règles et de nouvelles instances internationales pour de nouvelles régulations financières, prenant en compte les pays émergents, assurant une véritable régulation des marchés et une gestion durable de l’écosystème planétaire.

3ème objectif : il est nécessaire d’établir un nouveau contrat social de sorte qu’il y ait équilibre entre les dividendes et les salaires. Cela passe aussi selon lui par une régulation du travail qui assurera ensuite une moralisation des entreprises pour qu’elles retrouvent une certaine considération dans le tissu social.

Enfin un 4ème objectif : retrouver un Etat fort, interventionniste jouant pleinement son rôle en fonction selon les circonstances. Cet Etat est nécessaire selon lui, il faut un Etat stratège qui s’occupe de la recherche, qui sauve l’épargne, qui aide les entreprises sans avoir vocation à intervenir dans tous les domaines mais quand cela est nécessaire et pas obligatoirement de manière permanente.

On constate donc que cette révolution des mentalités ne peut se faire qu’avec comme pivot le retour de l’Etat en tant que régulateur et garant de l’éthique, afin de corriger les vices d’un système ; le but ultime est bien de remettre l’Homme au cœur de la politique et de l’éco

Le thème du retour de l’Etat est aussi au cœur de l’intervention de Patrick Ollier.

L’idée que l’Etat doit être plus interventionniste est une idée fondamentale du gaullisme du renouveau et un thème plus marquant dans cette famille de pensée que dans d’autres courants de la majorité.

Il faut une régulation de l’Etat pour empêcher les débordements liés à une spéculation dangereuse et incontrôlée. La crise actuelle permet de remettre au goût du jour les idées chères aux gaullistes, à savoir l’association capital travail et la participation.

La crise spéculative a une répercussion sur l’économie réelle. Une participation de l’actionnariat salarial dépassant les 10% pourrait être une réponse aux turbulences spéculatives et financières car cela stabiliserait le capital contre « les nouveaux prédateurs » et serait par là même un moyen d’instaurer un nouveau dialogue social.

Cette idée d’associer les salariées et le capital pour une juste répartition des bénéfices, cette idée de dividendes du travail, aurait une grande portée sociale. On doit aller plus loin pour la mettre en œuvre, pour la généraliser.

Il est nécessaire de réintroduire de l’éthique. Cela passe par le combat des dividendes du travail et de la moralisation du monde du travail et des milieux économiques.

L’adoption de règles de morale et de conduite est nécessaire pour provoquer un changement, c’est aussi un devoir du Parlement et du Gouvernement, afin de faire triompher la valeur humaine


Guillaume Pépy
, président de la SNCF,

Le besoin d’éthique est essentiel dans la gestion d’une société qui rend des comptes à l’Etat et qui assure un service public.

L’état actuel de la société nécessite absolument de s’attacher à renouer du lien, et dans ce domaine en particulier, les entreprises chargées d’une mission de service public comme la SNCF doivent être exemplaires.

L’éthique de responsabilité, de continuité du service public, est selon lui la contrepartie de statuts qui ne sauraient être des droits acquis mais bien plutôt porteur d’obligations morales : « Il n’y a pas de statut sans obligations d’éthique ».

Dans une période de défiance, de méfiance, la confiance se gagne par le respect, et cela se fait grâce à un comportement exemplaire. D’où la mise en place à la SNCF du système de l’alerte éthique qui permet aux employés de signaler des choses anormales au sein de l’entreprise.

L’adoption de règles d’éthique et le devoir d’exemplarité ne sont pas des freins à la compétitivité ; au contraire l’engagement des salariés sera plus grand et d’une plus grande efficacité, en rappelant que« si les gens doutent, ils décrochent ».

L’éthique permettrait de passer du sentiment de salarié exploité à celui de salarié partenaire avec un investissement illimité de ce dernier


Laurence Parisot, présidente du MEDEFLaurence Parisot
, Présidente du MEDEF, s’inscrit dans la droite ligne des discours précédents. Pour elle l’éthique doit aujourd’hui être à la base de toute gouvernance, que ce soit celle d’un Etat ou d’une entreprise.

En écho aux précédentes interventions, elle a affirmé être « persuadée que dans les milieux financiers, beaucoup de gens ont eu zéro éthique » face à la crise ; mais, a-t-elle tempéré, « ce n’est pas l’argent qu’il faut blâmer, c’est la cupidité ».

D’où sa volonté d’instaurer des règles de conduites pour lutter contre de mauvaises pratiques. Ainsi elle souhaite la disparition des parachutes dorés en cas de mauvaise gouvernance de l’entreprise mais elle rappelle aussi qu’une bonne rémunération des chefs d’entreprise n’est pas anormale car il y a une prise de risque de leur part

Bien qu’elle soit consciente que toutes les entreprises ne respecteront pas intégralement ce code de bonne conduite, elle a rappelé que 113 entreprises sur les 120 du SBF l’ont adopté.

Si elle reconnait le besoin d’éthique, si elle déclare approuver le discours introductif de Michèle Alliot-Marie sur le rôle de l’Etat, elle rappelle tout de même la responsabilité des Etats dans le déclenchement de la crise, Etats qui ont élaboré des normes comptables contestables.

L’Etat a ainsi failli, par exemple aux Etats-Unis, en abandonnant des institutions financières. Elle insiste donc sur l’exemple américain et le caractère anormal de la situation où Henry Paulson a « laissé tomber » l’entreprise Lehmann Brothers, sachant qu’il était auparavant le dirigeant du concurrent principal de Lehmann Brothers. Une telle situation manque d’éthique et n’est pas souhaitable. En l’occurrence, elle a directement participé des facteurs déclencheurs de la crise, aux Etats-Unis d’abord, et par jeux de dominos, au monde ensuite.

Le maillon des marchés financiers a rompu mais celui de l’Etat aussi très certainement.

D’où sa demande que l’Etat s’intéresse aux aspects internationaux et multinationaux des règles d’échange, aux aspects structurants des économies.

Le pays a besoin d’un Etat stratège, qui participe à la promotion des entreprises, avec une stratégie adaptée au contexte actuel, et non par secteurs bien précis comme cela s’est toujours fait jusqu’à présent. La crise et les changements qu’elle induit exigent une vision plus globale de l’économie.

Il n’y a pas forcément de divergence entre les intérêts de l’Etat et ceux du marché. L’Etat est nécessaire pour intervenir dans les grands moments mais l’Etat ne doit pas s’occuper de tout au quotidien.

La crise due aux marchés financiers qui ont pêché par manque d’éthique rend nécessaire l’intervention de l’Etat, cependant il ne faut pas blâmer selon elle le profit, la création de richesse : « la recherche du profit construit, la recherche du profit à tous prix détruit ».

Colette Neuville, présidente de l’Association de défense des actionnaires minoritaires insiste sur le besoin d’éthique et de transparence dans le monde de l’entreprise.

En rappelant que « l’esprit des lois, c’est d’abord le respect des lois », elle insiste sur le fait que les sociétés par action ont un fonctionnement idéal à condition de respecter les lois et en particulier la notion de bonne foi. Or elle constate que cette notion a été oubliée par de nombreux dirigeants dans les entreprises financières qui sont devenues plus opaques au fil des années, alors qu’elle a noté le phénomène inverse dans les sociétés industrielles et de services.

Selon elle, il y a un problème de responsabilité dans le monde et il est difficile d’obliger les chefs d’entreprise à être responsables. Il est nécessaire de responsabiliser les patrons comme les salariés pour un effort commun, d’établir une espèce de patriotisme d’entreprise.

Elle a ajouté qu’il fallait instaurer des règles qui encouragent suffisamment les investissements et les intérêts à long terme et non sur le court terme.

La plupart des actionnaires ont perdu 50 % de leur épargne car selon elle la dispersion des risques s’est faite de manière inconsidérée par le jeu du phénomène de titrisation au mépris de l’éthique invoquée lors de ce débat.

Elle estime également que les Etats ont une part de responsabilité dans la crise qu’ils doivent assumer. L’Etat doit concevoir l’intérêt général et ne pas encourager de telles pratiques : Il doit responsabiliser et sanctionner les acteurs économiques.

La sénatrice Isabelle Debré a approuvé le besoin de transparence et le besoin d’éthique elle insiste sur le fait que cette crise financière nous rappelle qu’il y a derrière tous les documents comptables et les chiffres des hommes et des salariés. Elle rappelle qu’il « n’y a de richesses que d’hommes ».

Elle a fait observer que la crise fait émerger un manque profond, mais très ancien, de formation au sein de l’entreprise. Elle estime en qu’une meilleure formation à l’économie dans l’entreprise contribuerait à instaurer plus d’éthique tout en améliorant sensiblement le dialogue social, bien qu’elle soit consciente des réticences des chefs d’entreprise.

La participation et la formation sont selon elles des pistes à explorer pour sortir de la crise et instaurer plus d’éthique tout comme le préconisaient MAM et Patrick Ollier

Le député maire d’Orléans Serge Grouard s’interroge sur la nature plus profonde de la crise tout en partageant l’analyse des précédents intervenants.

Pour lui ce n’est pas une crise d’adaptation mais une crise systémique, la crise de la fin d’un système mêlant l’héritage des Lumières et de la révolution industrielle du XIXème siècle. Les réponses offertes sont conjoncturelles alors que nous sommes confrontés à la question du développement durable ; il faut envisager l’émergence d’un nouveau modèle dans la droite ligne de la vision gaulliste, fondée sur la lucidité et la pertinence des analyses au service de l’avenir.

D’où sa conclusion que le gaullisme, sorte de  « romantisme politique fondé sur la lucidité et consacré par la durée et la pertinence » pourra apporter des solutions à cette crise et que l’utopie gaulliste gagnera sur le long terme.

Jean-Louis Borloo, président du Parti Radical ValoisienJean-Louis Borloo semble abonder dans cette analyse de la nature de la crise. Il y voit aussi une crise systémique.

Il voit dans « la chute des murs de Wall Street » la même signification que la chute du mur de Berlin tout en estimant que « le bon sens est de retour par la crise ».

Très critique à l’égard de la dérégulation, il a juge nos concepts d’économie politique dépassés et inadaptés. Le monde n’a pas su s’adapter à la mondialisation et intégrer la question de la biodiversité et du respect de l’environnement dans le cadre de la compétitivité. Les règles du jeu sont à ses yeux biaisées, déloyales et irresponsables sur le plan écologique.

Il est nécessaire de réguler les prix et la libre concurrence pour dégager un juste prix dans le cadre d’un développement durable et éthique. Il faudrait selon lui remplacer le « libre » par le « juste ».

Il est temps de profiter de la crise pour se remettre en question et mener des réformes profondes avec pour obligation de revoir le modèle économique général, mondial, à travers des concepts économiques à réinventer.

Selon lui le communisme est mort car il était incapable de fixer un prix économique, le capitalisme mourra s’il n’est pas capable de fixer un prix écologique, un prix juste, soit un prix éthique.

 

Table ronde n°2 :

Ethique, morale et politique dans le domaine

des relations internationales

Intervenants, par ordre de prise de parole :

Luc Ferry, ancien ministre, Président du Conseil d’Analyse de la Société

Philippe Boënnec, Député de la Loire-Atlantique, maire de Pornic.

Jean-Claude Mailly, Secrétaire général de Force Ouvrière.

Jacques Godfrain, ancien ministre de la Coopération

Nicolas Dhuicq, Député de l’Aube, maire de Brienne-le-Château, membre de la Commission de la Défense nationale et des forces armées de l’Assemblée Nationale.

Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre, Sénateur de la Vienne, membre de la Commission des Affaires Etrangères, de la Commission de la Défense nationale et des forces armées du Sénat.

François Fillon, Premier Ministre.



Luc Ferry, président du Conseil d'Analyse de la SociétéCette seconde table ronde fut ouverte par Luc Ferry qui déclara qu’il fallait avoir l’honnêteté de dire, à l’instar des altermondialistes qui ont au moins perçu cela, que le monde nous échappe et que nous ne pouvons continuer à laisser les économies fonctionner toutes seules, sans règles.

L’autonomie des marchés nous dépossède complètement de la régulation de l’économie et même de la politique internationale.

Il estime ainsi que la principale éthique est de dégager des marges de manœuvre, d’où la nécessité de pouvoir discuter avec tous les interlocuteurs dans le cadre des relations internationales, sans pour autant cautionner ces derniers, aussi peu fréquentables soient il. C’est ce qu’il dénomme l’éthique de responsabilité.

Cela permet de retrouver de l’emprise dans un monde entré dans une logique de compétitivité acharnée qui effraie les populations se sentant dépossédées et qui réactive le mythe de Frankenstein, la peur du manque d’emprise, de la dépossession.

Ce contexte alimente les mouvements écologistes et altermondialistes qui jouent des peurs et dénoncent un complot économique « anti-écologique », « anti-humain ».

Il critique cette analyse car il constate que cette crise nous affecte tous et que hélas le processus financier est mécanique sans marionnettistes. La dynamique des marchés nous dépasse et il estime qu’une reprise en main est nécessaire.

Après cette intervention, Philippe Boënnec revint sur les fondamentaux gaullistes en matière de politique étrangère ; qui peuvent être une source d’éthique.

En effet il estime que la vision gaulliste est une éthique car elle s’inscrit dans la durée dans les relations internationales et avec une grande pertinence comme l’acceptation d’un monde multipolaire, le fait de rester fidèle à sa parole, la notion de souveraineté des peuples, le respect des peuples et l’indépendance nationale sont autant de principes gaullistes qui réussissent à la France et qui réussiraient au monde.

Il faut selon lui une vision multilatérale du monde, en prenant en compte l’émergence de nouvelles puissances. Il faut une vision à long terme et rester fidèle à notre parole, à nos engagements.

Il est nécessaire selon lui d’élaborer aussi une diplomatie de projets, comme le projet d’union pour la Méditerranée afin de rapprocher des mondes différents, ou le projet européen

L’éthique n’est donc pas étrangère aux relations internationales, il faut essayer de la conjuguer avec les compromis inhérents à la politique internationale.

Jean-Pierre Raffarin, Michèle Alliot-Marie, Jean-Claude MaillyJean-Claude Mailly, lors de son intervention, considéra lui aussi que l’éthique et la morale sont essentielles mais qu’on ne peut se contenter de faire référence à l’éthique, cela devant déboucher sur des normes.

Pour appuyer son propos, il se demande si le code de conduite du Medef sera suffisant au niveau national, par exemple ; et il souligne que de nombreuses déclarations de principe sont insuffisantes au niveau international.

Tout en saluant la création de la confédération syndicale internationale, regroupant des syndicats du monde entier, il a regretté que la clause sociale et le respect d’un minimum d’obligations ne soient pas adoptés comme normes internationales par le FMI ou l’OMC.

Il souhaiterait ainsi que cinq règles de bases soient déclinées dans cette clause sociale : La liberté d’association, la liberté de négociations, l’interdiction du travail forcé, l’interdiction du travail des enfants et enfin l’absence de discrimination.

Il souhaiterait ainsi des applications concrètes de ces règles éthiques pour qu’elles ne restent pas lettre morte. D’où la nécessité d’une action politique à long terme afin de poser des règles de concurrence internationale de bon sens.

Il cite l’exemple de la Chine : son entrée à l’OMC n’a été soumise à aucune exigence, et surtout pas à celle du respect de la clause sociale.

Il est temps selon lui que les institutions existantes comme le BIT régulent les nouvelles formes de « dumping social » afin qu’il ne s’effectue pas au détriment des salariés et ce afin de rendre les échanges internationaux éthiques sur le plan social.

En matière internationale, il serait souhaitable et même fondamental, de retrouver la présence du politique, de la vision à long terme, et de la démocratie.


Premiers débats nationaux du ChênePour François de Carbonnel, Président de Thomson, les pratiques critiquables sont parfaitement évitables, et ce au sein de n’importe quelle entreprise. Il existe des organismes luttant contre la corruption dans de nombreux pays dans le cadre des échanges internationaux.

Les entreprises et les syndicats patronaux sont en retard sur le plan de l’éthique. On peut déplorer le manque de formation des cadres dirigeants qui sont peu sensibilisés à ces problématiques. Ces derniers ne disposent pas de suffisamment d’informations quant aux comportements à adopter et aux règles à respecter.

Il faudrait encourager les gens à dénoncer les mauvaises pratiques.

Il recommande aussi qu’on étudie les lois et les règles étrangères qui pourraient nous inspirer sur le plan éthique.

Il a estime que le mérite de la crise est d’avoir soulevé des problèmes graves. Il appartient maintenant aux politiques de renforcer les lois et de sanctionner les dérives du système.

Jacques Godfrain, a souhaité revenir sur la corruption, les OGM et la formation, et ce à travers sa riche expérience africaine.

Il rappelle qu’il existe des instruments de lutte contre la corruption mis en place depuis longtemps dans le domaine de la coopération comme l’OHADA (l’Organisme pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires) qui permet de former des juges, de délocaliser des jugements. C’est une manière concrète de favoriser une éthique croissante à l’étranger.

Mais, rappelant sa lutte contre la faim dans le monde, il rappelle que l’éthique, c’est répondre aux besoins de l’homme alors si les OGM peuvent être un moyen de lutter contre la faim, ils sont bénéfiques parce qu’utiles. La croisade anti-OGM ne doit pas alors se placer sous le signe de l’éthique.

Sur la formation et les syndicats, il rappelle l’existence d’accords avec des Etats africains sur ce point... La coopération sert aussi à financer les syndicats africains et à former leurs cadres, afin qu’ils puissent négocier à un haut niveau des conventions collectives et des salaires, par exemple.

Il en profite pour revenir sur les flux migratoires en exprimant son souhait d’un débat sur la création de richesses dans ces pays, qui méritent une vraie politique de création d’activités.

Il a conclut son intervention en rappelant que l’éthique ce n’est pas l’expulsion en échange de subventions, mais c’est créer des richesses dans ces pays afin de limiter les flux migratoires ; il faut plus de justice et de bon sens dans les échanges internationaux.

Nicolas Dhuicq, député de l’Aube, a jugé, lors de son intervention, que « Le gaullisme est consubstantiel à l’idée de France ». C’est une volonté pragmatique vers un but ultime.

C’est une éthique politique avec trois axes structurants:

-le premier est que le gaullisme est attaché à l’idée de lignée, de lien entre les générations, au-delà de la seule vie politique, au-delà des partis ; ce lien doit prendre corps au sein de la société. Le gaullisme s’inscrit dans le long terme.

- Le deuxième axe est selon lui le rapport à l’autorité, comme détentrice d’un savoir, de compétence, à laquelle on se soumet volontairement en homme libre.

- Le troisième axe est la lucidité : entre les idéaux occidentaux que nous voyons comme universaux et le pragmatisme nécessaire dans les relations internationales, il existe une tension que le gaullisme s’attache à dépasser.

Ce qui explique qu’on peut être pragmatique par rapport à l’OTAN et participer à des opérations internationales avec nos alliés dans le cadre européen, de l’OTAN  ou de l’ONU.

Les forces françaises présentes à l’étranger sont destinées non pas seulement à combattre, mais aussi à reconstruire, et à exporter des idéaux universaux, avec la conscience très claire que nous ne détenons pas la vérité, contrairement à une certaine conception dogmatique de nos partenaires américains.

C’est aussi cela qui fait l’identité de la France, selon lui, une certaine lucidité quant aux limites de son modèle : nous sommes sous-tendus par une éthique d’indépendance des peuples et le respect de l’homme

Jean-Pierre Raffain, ancien Premier ministreJean-Pierre Raffarin, quant à lui, a insisté sur l’éthique de responsabilité des politiques qui doivent détecter les dérives et remettre de l’ordre dans un monde en grand désordre. Ce désordre est le
résultat parfois paradoxal de la mondialisation qui a crée involontairement des formes de résistance.

Elle a fait naître un besoin de diversité qui peut, dans une logique extrême, diviser les hommes comme dans les Balkans ou au Proche Orient.

L’émergence de la puissance asiatique et la remise en cause d’idéologies exigent dans la conduite de la gouvernance du monde beaucoup de pragmatisme et d’empirisme selon lui.

Aussi doit on mettre en avant des valeurs comme le respect et la réciprocité pour ne pas alimenter les désordres mondiaux. On doit respecter les pays émergents comme la Chine et chercher à les comprendre par exemple.

Il faut donc lutter contre les déséquilibres commerciaux au niveau international et prôner le respect dans les relations internationales.

On ne peut aussi selon lui agir sans projet, sans volonté de dépassement en s’appuyant sur l’exemple du grand projet de l’Union pour la Méditerranée, composée d’Israël et de pays Arabes ou l’élargissement du G8 à 20 pays à l’initiative de la France. Selon lui il faut la volonté de rassembler au-delà de nos différences en mettant en avant des projets plus que des structures, surtout en cette période de crise ; c’est sa conception du dépassement.

Il faut donc mettre en avant toutes ses valeurs pour retrouver un équilibre et de l’éthique dans les rapports mondiaux.

Le Premier Ministre François Fillon vint ensuite clôturer cette table ronde ainsi que le débat par son intervention.

Tout en se défendant d’être « nostalgique », le premier ministre a jugé que le gaullisme et une certaine idée de la France et de la politique on ne peut plus actuelle et modernes.


François Fillon, Premier ministreLe gaullisme symbolise à ses yeux une certaine fidélité à l’image de la France, et à une certaine conception de la politique qui peut être assimilée au refus de l’impuissance, du déclin, et du renoncement. Le gaullisme représente un grand pouvoir d’espérance.

Tout en rappelant que« La France doit préserver son héritage à l’heure où d’autres se le créent », il déplore que la France se soit trop longtemps reposée sur ses lauriers, faisant le contraire de ce qu’elle devait faire.

L’éthique de l’action politique tient selon lui en trois mots : vérité, sincérité, volonté. Il ajouta que la principale éthique en politique c’est le respect des engagements pris, en d’autres termes : l’éthique de responsabilité.

Et il décline ensuite le volontarisme politique autour de trois convictions gaulliennes :

- Première conviction : il faut avoir une vision de l’avenir et le sens de l’intérêt général à long terme. D’où la nécessité de réformes pour préparer l’avenir, sauvegarde le pacte républicain.

- Deuxième conviction, l’idée que la France n’est grande que quand elle vise haut. Cette exigence de grandeur est un signe de patriotisme éclairé et d’universalisme ouvert sur le monde. Cet universalisme se porte vers l’Europe «  qui ne contredit pas notre souveraineté mais qui la prolonge et qui la grandit », « une Europe qui doit être politique et pas technocratique. »

- Troisième conviction, l’humanisme ; « nous ne sommes pas des numéros de sécurité sociale, nous ne sommes pas des consommateurs… nous sommes des citoyens. »

La politique ne doit pas donc laisser les peuples se déposséder de leur destin et il est indispensable de repenser notre système en crise.

La crise a témoigné des failles scandaleuses du système, trop dépourvu d’éthique et de responsabilité mais il ne faut pas remettre en cause selon lui les forces créatrices du capitalisme et de l’économie de marché, meilleurs moyens de créer du progrès et des richesses.

En revanche, il faut mettre en place un capitalisme responsable et régulé et une mondialisation plus humaine, où la participation des salariés équilibre les logiques boursières, un capitalisme qui n’hypothèque pas l’avenir de la planète et qui investit dans le futur.

Le gaullisme est donc une éthique de progrès qui ne se perd pas dans la course aux profits, c’est une sorte de synthèse entre efficacité économique et justice sociale.

Il est temps à ses yeux de rattraper le retard que le politique a pris sur la mondialisation. Cela passera selon lui par la soumission des activités de crédit aux règlementations en place, par l’encadrement du phénomène de titrisation, par la régulation des agences de notation ainsi que de certaines pratiques de rémunération et enfin, mettre un terme aux paradis fiscaux.

Cette crise nous lance un défi, ajoute t-il, elle nous invite à un comportement digne car nos concitoyens souffrent de cette période et cette période nous invite à rassembler nos concitoyens.

Les principes et valeurs du gaullisme sont donc d’actualité et « le Chêne n’est pas prêt d’être déraciné » !