Soyons citoyen !
« La crainte des électeurs, la peur des responsabilités, la préoccupation exclusive de l'heure présente constituent pour l'homme politique moderne trois erreurs auxquelles il lui est difficile d'échapper », écrivait Gustave Le Bon, il y a près de cent ans.
Face à la crise actuelle, le simple constat de la responsabilité des autres – banques avides ou politiques laxistes, ne suffit pas. Chacun d'entre nous doit aujourd'hui s'interroger sur ses propres errements.
Désormais chaque français a pris conscience que son sort est lié à celui de son voisin. La crise menace tout le monde.
Nous nous sommes endettés, l'Etat s'est endetté pour contribuer à assurer des dépenses sans se soucier assez de la façon de les rembourser. Nous ne sommes pas dans un scénario de crise ponctuelle. Nous sommes dans un changement d'époque.
Nous demandons bien sûr à l'Etat d'assumer ses missions et ses responsabilités. Nous demandons nous si nous sommes prêts à assumer les nôtres ?
Nous tous Français sommes nous assez citoyens dans la gestion collective de notre pays et dans notre volonté de vivre durablement ensemble ?
Sans vouloir paraphraser le Président Kennedy, n’est il pas temps, avant de nous demander ce que le pays peut faire pour nous, de nous demander ce que tous ensemble nous pouvons faire pour lui ?
La crise doit être pour chacun une occasion de réfléchir de façon structurelle sur la meilleure façon de préserver nos droits collectifs et de retrouver une haute idée de la citoyenneté.
Tout est question de responsabilité !
Chacun peut être, doit être plus solidaire dans la gestion de sa vie quotidienne.
Depuis plus de 30 ans, nous avons tous usé jusqu'à en abuser individuellement, d'un système qui nous le permettait.
Depuis plus de 30 ans les finances publiques ne sont pas équilibrées...
On peut toujours stigmatiser davantage le train de vie de l’Etat, montrer du doigt telle ou telle catégorie à qui l’on veut faire porter un chapeau bien trop large pour elle.
La réalité est autre. La dette est l'affaire de l'Etat, certes. Mais l'Etat, c'est nous ! C'est donc à nous aussi de participer aux solutions. Les discussions de comptoir ne servent à rien.
Si chacun, dans sa responsabilité personnelle, dans ses fonctions professionnelles, dans son mandat associatif ou politique, accepte enfin de se révéler un citoyen attentif, de se considérer comme une brique du « chantier France », les choses seront bien différentes.
Imaginons l’impact que nous pourrions avoir, tous ensemble, si chacun adoptait une vision qui redonne plein sens à la solidarité.
Avant de penser « j’y ai droit », comme nous y incitent depuis des lustres les socialistes, certains syndicats, diverses organisations, pensons à nous demander : « en ai-je besoin » ?
Mes lunettes datent d’un an, mais ma vue n’a pas changé. Est-ce moral de les renouveler largement aux frais de la collectivité au seul motif que j'y ai droit comme me le rappelle ma mutuelle, pour le seul plaisir d'une nouvelle monture ?
Certains locataires dont les revenus sont devenus très confortables gardent leur logement social à loyer modéré. Est-ce éthiquement admissible quand d'autres en ont réellement besoin ?
Bien d'autres exemples concrets au quotidien doivent nous interpeller.
Si chacun s'interroge avant d'user, même légitimement, de ses droits, c'est la charge de l'Etat qui s'allège, la France qui retrouve tous ses moyens d'action, la solidarité républicaine qui retrouve son sens.
Aujourd'hui, la crise doit créer un électrochoc pour nous faire retrouver ces valeurs qui ont fait la réussite et la fierté des Français.
Nous devons oser penser solidaire.
Ces ressorts existent en nous. Nous devons arrêter de les masquer derrière de vieilles lunes.
Regardons la force de ces millions de personnes qui s’investissent dans leur outil de travail ou dans leur métier bien au delà des 35 heures.
Regardons la générosité de tous ces Français qui s’expriment dans le bénévolat.
Regardons nos policiers, nos gendarmes et nos pompiers qui s’engagent jour après jour pour nous permettre de vivre ensemble dans un monde plus sûr.
Regardons nos militaires qui mettent leur courage, leur détermination, leur générosité pour porter haut l’étendard de la France, y compris au péril de leur vie.
Osons penser à ce que nous pouvons faire pour mieux vivre ensemble.
Que chacun agisse avec la conscience de ses devoirs envers tous les autres autant que de ses droits envers la collectivité, la crise nous aura fait redevenir citoyen. La Nation verra son unité renforcée. La France sera grandie et encore plus à même de faire entendre loin et fort son message et ses valeurs.
Michèle Alliot-Marie Présidente du Chêne Vice-présidente du Conseil national de l’UMP
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