



| MAM, pilier gaullien en Sarkozie, ou comme dirait le Général : « la réforme oui, la chienlit non ! » | Envoyer |
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par Thibault Henneton - Sciences-Po
« La politique, ça ne m'intéresse pas et je n'en ferai jamais ! ». Nous sommes en 1968, et c'est la réponse de Michèle Marie, 22 ans, au secrétaire d'Etat aux Affaires sociales qui lui propose de rejoindre son équipe : un certain Jacques Chirac (1). Jacques est un ami de Bernard Mari, fraîchement élu député, et MAM est alors encore la fille de son père (2). Elle préfère les bancs de l'Université aux coursives gouvernementales, et plutôt, en gaulliste pur sucre, ceux qui n'alimentent pas les barricades de la rue Gay-Lussac. En 1981, deux thèses et une maîtrise d'ethnologie plus tard, elle revient sur sa parole, et s'engage à Biarritz aux côtés de son père. Les Pyrénées-Atlantiques deviennent bientôt le fief de celle qui prétend n’être qu’une « simple enfant du pays basque ». Et la politique, une scène qu’elle occupe depuis sans discontinuer.
La réussite inflexible Michèle Alliot-Marie n'a jamais perdu une élection. Quand elle était présidente du RPR, de 1999 à 2002, la droite est toujours sortie vainqueur des échéances électorales. Elle fut la première femme, forte de la confiance des militants et des élus locaux gagnée sur le terrain, à occuper la tête d'un grand parti en Europe. Tout comme elle sera la première ministre de la Défense, la première à l'Intérieur, et la première, sous la Vème République, à enchaîner trois ministères régaliens, lorsqu’elle est nommée garde des Sceaux en juin 2009. Ce halo de réussite qui l'entoure, et la devise dont elle se réclame – "bien faire et laisser dire" (3) – expliquent sans doute, tandis que fleurissent rumeurs et petites phrases, son retour en grâce auprès du chef de l'Etat. « Certes elle n’est jamais à la mode, mais en conséquence elle n’est jamais hors du coup », résume Guillaume Tabard du Figaro. MAM fait figure de « pilier », entre austérité martiale et force tranquille. Lorsqu’elle apprend, fin mai 2005, que Dominique de Villepin est finalement nommé Premier Ministre, alors qu’elle vient de s’entretenir avec Jacques Chirac, elle reste stoïque. Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République et « adversaire » de MAM à la présidence du RPR en 1999, décrit son « autorité naturelle » et son « souci d’une distanciation qui ne signifie pas distance, d’une élégance sans familiarité ». Sphère publique et privée bien distinguées : la « crédibilité politique » est à ce prix, poursuit-il. L’on peut y voir la raison des bonnes dispositions du président à son encontre ; de là à y voir une allusion à son prédécesseur à la Chancellerie. Sa mère la dit « sentimentale » (4) malgré son classicisme froid. Michaël Bullara, son secrétaire général au club le Chêne confirme : « C’est un des personnages les plus attachants que j’ai pu rencontrer en politique, constamment préoccupée du “vivre-ensemble“, quelqu’un qui fait confiance et laisse aux gens leur chance ». Elle sait aussi se montrer fine tacticienne, comme lors de la fusion du RPR dans l'UMP, voire cynique, durant l’affaire « Tarnac ». Chargée de la réforme des services de renseignements français, elle traverse l’imbroglio autour du fichier EDVIGE et a tout juste le temps de préparer la « Loppsi 2 » qu’il lui faut déjà, depuis la place Vendôme, s’atteler à la réforme de la procédure pénale, et calmer la fronde des magistrats qui s’opposent à la suppression du juge d’instruction. Un ministre qui ne rechigne pas à se saisir des dossiers les plus lourds sans se répandre dans les médias, qui sépare l’appareil politique et l’appareil d’Etat ? Une denrée rare qui fait de MAM un « pôle de stabilité » pour Guillaume Tabard. Et un objet de soins. « Madame le Ministre » Sans tambours ni trompettes, MAM avance donc discrètement, affichant sa volonté de « placer l’homme au centre de toutes les politiques publiques », et de faire valoir le « rôle, le rang et la voix de la France ». « Contrairement à d’autres, elle est une gaulliste d’action plus que de posture » conclut Michaël Bullara. Mais son sens de l’Etat, aussi ancré soit-il, n’est pas dénué d’ambition. En 2005, Jacques Chirac lui aurait intimé de « se tenir prête ». Deux ans plus tard, après avoir envisagé de se présenter elle-même,elle apporte finalement son soutien à Nicolas Sarkozy. A l’heure où les mâles héritiers de la « Chiraquie » avancent leurs pions pour 2012, elle pourrait devenir un allié incontournable pour le président. A moins qu’elle ne décide d’embrasser seule l’héritage du Général, et de faire de son mouvement du Chêne, créé en 2006 pour un « gaullisme du renouveau », l’accessoire d’une ultime ascension politique à l’ombre de l’UMP. Annexe Une scène tirée du film Volem rien foutre al païs (sorti en 2007) de Pierre Carles en dit peut-être aussi long sur le personnage que les lignes étirées de sa biographie officielle. On y voit MAM, alors Ministre de la Défense, répondre à une question du documentariste sur la possibilité d'une intervention de l'armée en cas de paralysie de l'économie : « – Dans une région où il y a de plus en plus de rmistes qui refusent de travailler, de consommer, et qui sont plutôt en train de construire leurs maisons, de cultiver leurs jardins, de se couper d'EDF ; Est-ce que l'armée pourrait intervenir si les gens refusent de consommer, vont vers la décroissance et ne jouent pas le jeu de l'économie de marché ? » Après une écoute attentive où pointe le scepticisme, c’est un rire pincé qui surgit du visage incrédule du Ministre : « – Je ne comprends vraiment pas ce que c'est que cette question... qui me paraît... pardonnez-moi, sans aucun bon sens ! » Puis, tournant les talons, relevant ses sourcils, elle jette un ultime regard désemparé à son interlocuteur.
(1) Cité dans Michaël Darmon, Michèle Alliot-Marie, la grande muette (L’Archipel) (2) Son père fut également le premier arbitre français international de rugby. MAM en a gardé la passion : quand elle arrive sur les plateaux télé, elle jette ainsi son sac, tel un ballon ovale, à son garde du corps, raconte Michaël Bullara. (3) http://www.parismatch.com/Actu-Match/Politique/Actu/Michele-Alliot-Marie-l-arme-loyale-de-Sarkozy-153700/ (4) Voir « Le petit monde de Michèle Alliot-Marie », article paru dans le magazine Gala en mai 2009 |